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L'évasion mouvementée de Aloyse Klein
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Il était membre d’ASCOMEMO. Je
devais encore le rencontrer avant qu’il ne s’en aille, ce 21 janvier 2007… Un
grand témoin qui disparaît. Un Ami.
Philippe
Wilmouth
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Evasion de Poméranie
Le 27 mars 1941, nous quittâmes le camp en passant par
la grande porte lors d’une promenade. Les gardiens avaient compté 93 officiers
sur les rangs et ceci à deux reprises. En réalité, nous étions 96 étant donné
que trois officiers de petite taille se tenaient sous la pélerine de trois
camarades très grands, chacun levant un pied alors que les candidats à
l’évasion n’avaient aucun rôle à jouer. En cours de promenade, le moment nous
paraissant favorable, Branet, de Boissieu et moi laissâmes comme prévu nos
pélerines aux camarades qui nous suivaient. Nous fîmes trois pas à droite et
voilà trois civils qui se
laissaient dépasser par la colonne de prisonniers. Les sentinelles qui fermaient
la marche eurent droit à notre salut « Heil Hitler ! ». Elles
nous repondirent comme il convient entre bons patriotes.
Je les avais rédigés au camp avant notre départ, sur
papier libre, sans cachet. Ils prirent les certificats, les lurent et se les
repassèrent. « Gut ». Je leur déclarais que j’allais reprendre mon
itinéraire pour ne pas me trouver en zone interdite. « Heil Hitler ».
Et nous repartîmes. Allaient-ils nous suivre ? Nous trouvâmes en contrebas
une mare plantée de roseaux. Nous disparûmes dans ce couvert providentiel et
nous entendîmes les aboiements d’un chien. Mais ce n’était qu’un troupeau d’une
dizaine de vaches qui se déplaçait au loin. Nous attendîmes. Nous
nous serrions les uns contre les autres pour nous réchauffer. Il devait faire
–15° à –20°. La nuit tombait et l’espoir renaissait. Nous repartîmes en
direction de la frontière mais nous ne la trouvions pas. A deux ou trois
reprises, nous eûmes droit à des fusées éclairantes. Le mieux alors était de
rester immobiles pour passer inaperçus d’autant qu’il neigeait. Un peu plus
tard, nous nous approchâmes d’un bâtiment et aperçûmes un énorme drapeau rouge.
Serions-nous en Russie ? Non ! Sous l’effet du vent, il laissait apparaître
une croix gammée. Evitant encore un side-car en nous jetant dans le fossé, nous
repartîmes plein est, le vent en face. Un peu plus loin, un double réseau de
barbelés éclairé par des projecteurs placés sur des miradors nous barrait la
route. Etait-ce la frontière ? Ce n’était plus le moment de réfléchir.
Branet et moi escaladâmes à toute vitesse l’obstacle. Nous étions déjà de
l’autre côté tandis que de Boissieu restait accroché en haut des barbelés par
le fond de son pantalon. Finalement, nous nous éloignâmes le plus possible de
ce réseau de barbelés. Nous nous approchions d’une maison. Un homme en chemise
de nuit apparut :
Nous n’étions plus en Allemagne. Nous étions des
évadés, des hommes libres. Nous tombions dans les bras des uns et des autres.
Bientôt, nous fûmes entre les mains de la police et les interrogatoires
commencèrent. Le 1er avril 1941, à 4 heures du matin, nous entrions
dans la prison de Kaunas. Une autre vie commençait. Après un mois de prison,
quatre mois de camp d’internement et quelques voyages, nous quittions l’URSS le
1er septembre 1941 par le port d’Arkangelsk
Accueil inoubliable des Britanniques et des
Canadiens français sur l’Empress of Canada qui nous emmena à Glasgow via le
Spitzberg. Le 10 septembre 1941, nous arrivâmes à Londres et signâmes notre
engagement dans les Forces Françaises Libres.
En 1990, le général de Boissieu écrivait : « j’exprime
ma gratitude à Aloyse Klein sans lequel nous n’aurions pas réussi notre
évasion. »
A lire également général de
Boissieu « Pour combattre avec de Gaulle » éditions Plon 1981
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