Un voyage sans retour 

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par

 L’Association de Déportés, Internés, Résistants et Patriotes Résistants à l’Occupation de Metz – Montigny-les Metz (A.D.I.R.-P.R.O.)

 

Florange, nuit du 14 au 15 janvier 1943 trois heures du matin, des grands coups dans la porte d’entrée. Ça y est c’est notre tour, nous nous doutions bien que cela devait arriver. Mon épouse Adèle tremble dans le lit, nos deux enfants se réveillent. Un SS et deux soldats allemands armés de fusils baïonnette au canon entrent sans ménagement dans la salle principale : « André Gonigam ? Vous partez tous, vous avez deux heures pour faire votre valise, 30 kilogrammes maximum par personne et prenez pour trois jours de nourriture. Départ devant la mairie ». Un soldat en arme reste dans la pièce pendant les préparatifs, il ne répondra qu’à une seule question : « Non, vous ne reviendrez pas ; c’est un voyage sans retour ». A Terville la famille est séparée ; je suis envoyé comme travailleur forcé dans une usine d’armement dans la Ruhr, mon épouse et les deux enfants partent pour un camp en Haute Silésie en Pologne. Désespoir.

Des départs de ce genre il y en a eu des milliers dans les départements du Rhin et de la Moselle.

Pourquoi la déportation ?

 

L’Alsace et la Moselle sont ré-annexés par le régime nazi après l’armistice du 22 juin 1940 signée pour la France par le gouvernement du Maréchal Pétain. Cette région avait été perdue par le Reich en 1918 ; Reichsland Elsaß Lothringen avait été allemand pendant 47 ans, depuis juin 1871 après la défaite des armées de Napoléon III. La plupart des adultes et même des enfants parlaient allemand, nombreux étaient ceux et celles qui ne comprenaient pas le français.

Après la défaite fin juin 1940, les Alsaciens Lorrains sont libres de partir ; mais en emportant un minimum. Les habitants de la zone proche du front avaient déjà été évacués en fin 1939 et début 1940 pendant le « drôle de guerre ».

Certains, attachés à leur terre restent, espérant peut-être un retour au calme mais rapidement apparaissent les tensions avec l’occupant qui demande de façon de plus en plus pressante que les habitants de cette zone signe leur allégeance au Reich et au Führer. Le Gauleiter Josef Bürckel, responsable de la région semble entrouvrir la porte pour permettre un départ vers la France des réfractaires mais devant l’afflux de demandes, il se fâche et interdit toute sortie. Parallèlement la Wehrmacht piétine devant Stalingrad depuis juillet 1942 et va bientôt subir une défaite cuisante en février 1943. Les Nazis ont besoin d’hommes sur le front, de travailleurs dans les usines et ne peuvent plus supporter des récalcitrants sur ses frontières. Cela va déclencher une vague de déportation vers les usines pour ceux qui peuvent travailler, d’enrôlement de force dans l’armée avec pour direction le front de l’est et d’éloignement pour les enfants et les non-productifs.

 

Les convois, les camps, la libération et le retour

 

Je m’appelle Geneviève Venner, née Geisler, j’ai été présidente de l’Association des PRO de Metz-Montigny-les Metz de mai 2004 (Inscription au registre des Associations du Tribunal d’Instance de Metz Volume 139, folio 41 le 12 janvier 2005) à décembre 2023, date de dissolution de l’association.

 

 

Voilà celui de mes parents, je n’avais que deux mois et demi à la date du départ. Mon père refuse de signer le document d’entrée dans la communauté allemande, est réfractaire aux formations et aux lois hitlériennes, a répandu le bruit d’une défaite allemande et a aidé à s’évader un neveu incorporé de force dans l’armée allemande.

 

Les convois 

 Jugement puis arrestation de la famille le 28 janvier 1943 par un SS et deux soldats baïonnette au canon, suivent deux jours et deux nuits dans un wagon de marchandises verrouillé en route pour la Silésie.

Les camps 

 La liste des camps spéciaux du régime nazi est longue comme un jour sans pain ! La majorité se trouve en Pologne, en Allemagne et en Autriche. Nous avons été expédiés à Schurgast, Frankenstein, Mittlau et deux fois à Annaberg.

Monsieur Julien DEMMER, chevalier dans l’Ordre national du Mérite, ancien secrétaire de l’A.D.I.R.-P.R.O. se souvient du discours de « bienvenue » du Lager Führer à Mittelstein le 12 janvier 1943 : « Plus jamais vous ne reverrez votre patrie. Même si nous devrions perdre la guerre, nous aurons encore quelques petites doses de poudre qui vous seront destinées ».

Bâtiments en dur ou en bois entourés de barbelés et gardés, mal chauffés, paillasses infestées de punaises et autres vermines, lits superposés dans des dortoirs sans intimité. Le froid, la faim, une nourriture exécrable en quantité insuffisante, un minimum de lait uniquement pour les nourrissons. Et les maladies, les morts précoces des personnes âgées et des bébés. Les adultes et les enfants à partir de 13 ans travaillent jusqu’à 72 heures par semaine ; pas d’école.

La libération et le retour

 Les SS s’enfuient devant l’avancée des troupes russes. Mais les Rouges n’ont aucun respect, violent les filles et les femmes. Au bout de trois semaines de ce traitement c’est le départ en camion découvert vers la Pologne, puis la Russie et l’Ukraine direction Odessa. Devant l’impossibilité d’embarquer vers la France demi-tour pour Berlin en wagons à bestiaux où nous sommes échangés contre des prisonniers russes. 25 juillet 1945 Paris hôtel Lutécia, première nuit dans un lit depuis 2 ans et demi

 

 

 

L’Association de Déportés, Internés, Résistants et Patriotes Résistant à l’Occupation de Metz – Montigny-les Metz (A.D.I.R.-P.R.O.)Les statuts de l’association ont été inscrits au TIG en janvier 2005 par un groupe de patriotes de la Moselle qui adhéraient précédemment à la fédération nationale.

Derrière la défense des intérêts moraux et matériels des déportés se profilent les besoins d’échanges, de parler, de faire son deuil de ces années perdues et traumatisantes. Les déportés ne sont pas compris par ceux qui sont restés, qui ont signé. Ils doivent récupérer leurs habitations, souvent réoccupées et dégradées, faire les demande d’indemnisation à une administration tatillonne et débordée. L’association va aider ses adhérents à faire valoir leurs droits, à recouvrer une dignité ébranlée par des années de maltraitance où survivre était l’objectif de chaque jour quand l’éducation, la culture n’étaient plus que des concepts hors de portée.

 

L’enthousiasme pour vivre dans la dignité était énorme. Nous avons défilé  fièrement avec notre propre drapeau lors de nombreuses manifestations, exhibé notre blason « NE PAS OUBLIER ».

 

Et cette devise est vitale mais oh combien fragile dans un monde où entre autres les jeux vidéo les plus prisés sont les massacres !

L’association a été dissoute en décembre 2023 suite à la disparition de la presque totalité de ses membres.

 

Que ces quelques mots d’histoires vécues apportent une pierre à l’édifice de la paix.

 

 

 

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