Les pages d'histoire

du Trimestre

 

 

ATTENTION AU LISSAGE DE NOTRE MEMOIRE

 par Ph.Wilmouth

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            Metz et la Moselle assument enfin leur passé d’annexés entre 1871 et 1918. En ce sens les derniers travaux de l’Académie Nationale de Metz sont exemplaires et démontrent que beaucoup d’éléments architecturaux, législatifs, sociaux, culturels, religieux ne furent pas négatifs, à tel point que certains demeurent toujours. Il n’en est pas moins vrai que le professeur François Roth, la référence en ce domaine, a démontré que le but final de ces mesures était bien l’annexion et la germanisation d’une nouvelle terre d’Empire validée par un traité. Si cela était nécessaire, le révélateur en est la dictature militaire allemande en 1914-18 avec la germanisation systématique et l’internement des suspects francophiles.

Aussi, il ne faudrait pas tomber dans un angélisme et attribuer aux Allemands qui sont venus ou nés en Moselle annexée des qualités « biculturelles » sous prétexte que la Moselle est au cœur de l’Europe. La Moselle a subi sa situation frontière balancée contre son gré entre deux états belliqueux. Ses habitants se sont adaptés aux régimes en place.

z Mungenast

             Affirmer comme Alain Hibold qu’ «  après plus de 30 ans à Metz », l’architecte allemand Paul Tornow « se sentait citoyen français » (RL 9 mars) paraît une gageure.

Tout au plus peut-on dire que Tornow se sentait Messin à une période où Metz et la Moselle redevenaient françaises, non sans difficultés d’ailleurs.

De même, une rue de Metz va être baptisée du nom de l’écrivain Ernst-Moritz Mungenast (RL 3 mars), né à Metz en 1898, auteur de romans pendant l’entre deux-guerres emprunts de nostalgie de sa jeunesse messine, mais allemande, dans la mouvance d’autres auteurs en mal de leur « Heimat verloren », leur petite patrie perdue.  Mungenast a un passé sombre. Journaliste, il a travaillé dans la presse national-socialiste wurtembourgeoise. Il a aussi servi la propagande nazie notamment pour asseoir l’idée que Metz était une vieille terre allemande. En septembre 1940, il fait la Une du magazine « Erika » alors qu’il visitait Metz avec Erika, actrice allemande au service de la propagande de Goebbels.

A vouloir trop lisser notre Mémoire, on en viendrait à s’accommoder de l’Histoire.

 

Post-scriptum :

Nous avons signalé à la mairie de Metz les faits avérés concernant Mungenast. Il nous a été conseillé de nous référer à l’article du professeur Commaille publié en 1992 dans les Cahiers Lorrains qui contrecarrerait nos propos. Mais nous n’en avons pas la même lecture que la mairie de Metz ! Que dit le professeur ?

 

«… Le Magicien Muzot… donne à son auteur une couleur passablement brune…  Quelques aspects de son œuvre peuvent paraître à certains égards proches de la pensée du régime –nazi-… L’auteur exalte la force, le courage, la puissance, la terre des ancêtres, la lignée des êtres et leur généalogie…, avoue sa haine des asociaux et des moins-que-rien,…On a la désagréable impression d’avoir affaire à un écrivain qui partage les idées du régime hitlérien… Mais le cas Mungenast n’est pas si simple… Que peut-on évoquer à sa décharge ? … -Pendant la République de Weimar-, il y a participé au Berliner Tagblatt, journal de centre gauche ; attaché à la démocratie parlementaire et à la liberté d’expression… Bien sûr, il était tentant pour le IIIème Reich de chercher à utiliser Mungenast… Mungenast vient bien à Metz, le temps d’accueillir Bürckel et de lui recommander des Lorrains… Quand au lendemain de la guerre Mungenast s’installa brièvement en Sarre, les autorités françaises le blanchirent de tout soupçon de nazisme… »

Tout est donc question d’interprétation. Le professeur Commaille termine son article en indiquant : « On ne peut pas construire l’avenir sans assumer son passé. » Oui évidemment, mais tout son passé, sans omission ! C’est dans ce sens que travaille Ascomémo.

 

AU SUJET DE « TROUS DE MEMOIRES »

 

                Au cours de notre assemblée générale, un point a été soumis, à savoir notre participation ou non à des documentaires. En effet, nos documents sont parfois utilisés pour étayer des thèses auxquelles nous n’adhérons pas forcément.

 

              « Trous de Mémoire » de Dominique Hennequin diffusé sur TV Nomades, FR3 et la chaîne Histoire en est la dernière illustration. Il défend la thèse victimaire de Gabriel Becker sur le Ban-St-Jean sans confronter les autres parties, notamment celle de votre président, auteur pourtant d’un ouvrage sur le sujet, et alors même qu’il a été longuement interviewé mais censuré au montage n’allant pas dans le sens voulu par le réalisateur et le scénariste. Par contre toutes les photos viennent de notre fonds.

               Certaines photos qui n’allaient pas dans le sens victimaire du documentaire ont été dénaturées par les commentaires d’un historien, Cédric Neveu, qui s’est mis au service de la « commande ». Nous nous sommes interrogés pour savoir si nous  devons dorénavant conditionner le prêt de documents par un visionnage préalable du documentaire et éventuellement, s’il y a désaccord sur les thèses avancées, retirer notre concours. 

                Nous avons fait part de notre mécontentement à Dominique Hennequin dont le seul souci a été de regretter que nous n’allions plus, de toute évidence, lui ouvrir nos portes pour d’autres documentaires. La polémique devait s’arrêter là.

                Mais elle a connu un prolongement. Contacté par Alphonse Schneider, président de Renaissance du Vieux Metz, pour participer à une diffusion du film à l’île du Saulcy, je l’avais averti que ma thèse différait quelque peu par rapport à la mémoire victimaire avancée dans le documentaire et qu’il fallait peut-être qu’il  s’assure que ma présence était tolérée.

               Or deux jours avant la manifestation, Alphonse Schneider m’envoie un mail : « Lors de notre dernier entretien téléphonique, vous m'avez dit que vous viendriez à cette projection si les "autres" étaient d'accord… Ils ne le souhaitent pas... C'est pourquoi, je ne vous sollcite pas, car "d'autres"  participants  quitteraient... Il ne m'appartientt nullement de juger en la matière, mais je souhaite, dans un sentiment de paix et de concorde pour cette manifestation, que vous n'y participiez pas et vous en remercie… » 

Je n’y suis pas allé ne voulant pas  être provocateur et pour ne pas m’opposer à tout prix à un public conquis et donc sourd à des arguments différents. Mais qui sont ces « ils » ? Pas Dominique Hennequin, semble-t-il. Alors, Gabriel Becker ? Olivier Jarrigue ? L’Association des Ukrainiens ?  Que craignent-ils ? La confrontation des idées est pourtant une démarche historienne !

                Dans Archéologia d’avril 2013, on peut cependant lire sous la signature de l’archéologue Michaël Landolt : « Pour le camp du Ban-St-Jean… certaines sources plus journalistiques qu’historiques évaluent à 22 000 le nombre de décès. Ce chiffre… trouve son origine dans des extrapolations parfois subjectives… »

Propos qui va dans notre sens…

 

 

 

 

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