Chronique

de l'

Annexion

 

Association pour la Conservation de la Mémoire

                                                                         de la Moselle en 1939-45

  

CHRONIQUES DE LA  2ème GM

  dans la vallée

de l'Orne

 

  

  2 rue des Artisans  

 57300 HAGONDANGE

03.87.72.08.65

 

 

 

 

 

Accueil

 

 

Drôle de guerre

 

 

 

Guerre Eclair

 

 

Libération

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A voir

 

Les pages

Histoire

du trimestre

Le Préfet Bourrat

 

 Le 168° RIF

 

 

 Marguerite

Durrmeyer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A voir

 

Les pages

Histoire

du trimestre

Le Préfet Bourrat

 

 Le 168° RIF

 

Marguerite

Durrmeyer

 

Une carte d'identité d'un habitant de Vitry-sur-Orne visée par les autorités allemandes en juillet 1940.

   Nouvellement installés, les maires vont regrouper les différentes communes de la vallée de l'Orne et créer des "Gross-Stadt" (grosses villes).

 

Annexée de fait, la Moselle va être rattachée le 30 novembre 1940 à la Sarre et au Palatinat pour constituer le Gau Westmark.

Plus d'entité Alsace-Lorraine comme en 1871, mais une volonté affirmée d'intégrer notre département au Reich par fusion avec d'autres régions allemandes. Ce souci de regroupement administratif existe aussi au niveau des communes.

 

S'appuyant initialement sur les découpages administratifs français, des modifications sont ensuite opérées par les Allemands.

 

Le 1er décembre 1940, le canton de Moyeuvre situé dans le Landkreis de Diedenhqfen-West (Thionville-Ouest) et Mondelange intègre le Landkreis de Metz-Land. 

 

  Gross-Hagendingen

Par l'ordonnance du 25 novembre 1940 prenant effet le 1er décembre, la fusion de Hagondange, Mondelange et Talange est officialisée. Le Gross-Hagendingen est alors constitué de quatre Orstteile : Hagendingen-Nord (Mondelange), Hagendingen-Mitte (Hagondange), Hagendingen-Sud (Talange) et Hagendingen-KoIonie (Cité). Ainsi la numérotation des maisons, route de Metz, s'effectue du sud au nord en commençant par Talange. Aujourd'hui, à Mondelange, nous trouvons toujours côté pair les numéros 318 à 470 et côté impair les numéros 305 à 491. Le 15 décembre, l'hôpital de l'usine situé sur le ban de Silvange est incorporé au Grossgemeinde. D'autres modifications interviennent encore avec Ay-sur-Moselle et Maizières-lès-Metz.

 

Andréas Badar, le nouveau maire, explique ce qu'était la fusion en 1944 : « Hagondange était le centre naturel des trois communes...

 

Et un lien économique entre les trois communes était très fort. La fiscalité était plus justement répartie. Les frontières entre les communes étaient arbitraires. Un côté de la rue Nigert appartenait à Talange, l'autre à Hagondange. La rue de Boussange était coupée par la rue de l'Etang, une partie appartenant à Mondelange, l'autre à Hagondange.

La route de Metz était l'axe de fixation des localités. Si les marques de début et de fin des localités n'étaient pas établies, un étranger ne pouvait pas déterminer où une commune commençait et où l'autre se terminait. » Désormais, Talange et Mondelange ne sont plus que des quartiers de Hagondange.

 

Gross Movern
Les autres communes de la vallée de l'Orne subissent le même sort que Hagondange. Le 1er janvier 1940, Moyeuvre-Grande, Moyeuvre-Petite et Rosselange ne constituent plus qu'une commune, le Gross Movern.

Klinkhammer, le nouveau maire, installe la mairie à partir du 18 août 1941 dans le presbytère qui est transféré au 1 bis, rue Fabert. Il délègue ses pouvoirs pour Moyeuvre-Petite à François Leininger et pour Rosselange à Pierre Muller. Clouange et Vitry/Orne sont rattachées le même jour à Rombas.

Le 1er avril 1941, d'autres regroupements ont lieu : Gandrange est rattachée à Amnéville et Richemont qui reste dans le Landkreis Diedenhofen à Guénange.

Ainsi centralisée, l'administration allemande peut plus efficacement mettre en oeuvre sa politique de germanisation systématique.

 

Le tribunal cantonal était installé à Rombas. 

 

Germanisation d'un symbole les monuments aux Morts.

  Terre allemande immédiatement, une germanisation systématique du paysage est opérée. Premières cibles, les monuments aux Morts, symboles de fa Victoire de 1914-1918.

  

   Contrairement à la première annexion au cours de laquelle le fiançais est toléré jusqu'à la guerre de 1914, et le Souvenir-français peut dédier un monument à la gloire des soldats français tombés en 1870 autour de Noiseville, les Allemands de 1940 sont intransigeants.

 

  Tout ce qui est français doit disparaître. "Hinaus mit welscher Plundern " ("Dehors avec ce mauvais bric-à-brac") lit-on sur les affiches. Hitler donne dix ans au Gauleiter Burckel pour germaniser la Moselle

 

Jeanne d'Arc disparaît
Immédiatement, les Allemands s'attaquent à la plaine. En juillet, ils donnent l'ordre de faire disparaître les plaques et monuments qui peuvent toucher à leur prestige. Fin octobre, les Allemands enlèvent les deux canons de 75, des prises de guerre de la Grande Guerre, situés de part et d'autre du monument-aux-Morts de Rosselange, à l'entrée de la commune

La statue du Poilu à Gandrange. Les  allemands  la remplaceront par un aigle, symbole du IIIe Reich.

 

Le monument commémoratif des soldats français au vieux cimetière de Moyeuvre-Grande.

 

Il en est de même pour le monument de Moyeuvre qui est déplacé de l'ancien cimetière pour être installé à côté de la mairie. A Hagondange, les deux canons disparaissent ainsi que les deux plaques en français apposées par les associations patriotiques. Seule la mention "1914-1918" est conservée.

 

Le 12 novembre, le Lankommissar de Metz s'indigne d'apprendre que « des noms d'ennemis de la nation (des engagés dans l'armée française en 1914-18 considérés comme des traîtres par les Allemands) soient encore inscrits sur le monument aux Morts de Moyeuvre alors que ceux qui ont combattu dans l'armée allemande (les "Malgré-eux" de 1914-18) n'y figurent pas. »

Il ordonne que les noms soient enlevés et pour éviter toutes critiques, demande que soit inscrit uniquement "Den Gefallenen Soldaten der Stadt Movern Zum andenken Weltkrieg 1914-1918" (" En souvenir des soldats de la ville de Moyeuvre tombés pendant la guerre 1914-1918").

 

A Gandrange, Antoine Schmitz confie à six menuisiers de faire un coffrage cachant du sol à la pointe le monument aux Morts représentant Jeanne d'Arc sur ses étriers. Ce coffrage reste en place pendant cinq ans. Même chose à Moyeuvre-Petite où Jeanne d'Arc, qui surmonte le monument aux Morts du cimetière, est enfermée dans une grande caisse en planches.

  

En septembre 1943, elle est finalement démontée, transportée à la mairie de Moyeuvre-Grande, reléguée dans un couloir car elle est en fonte bronzée, et après quelques semaines camouflée dans le grenier par M. Duflot qui y cache également le drapeau de la société de musique La Renaissance. 

 

Une manifestation allemande devant le monument aux Morts,  

place du Marché à Hagondange

  L'aigle allemand

 

  A Clouange, le monument aux Morts situé devant la mairie représente un Poilu de la Grande Guerre. Intolérable pour les Allemands qui le remplacent par un aigle, symbole du IIIe Reich

 

  Le 11 novembre 1941, Louis Schnell, Constant Thumassin, Charles Halm, Charles Pierron et Roger Maillard subtilisent l'aigle allemand et essaient en vain de le remplacer par le monument français remisé en mairie.

Finalement, ils le laissent à terre. Le Poilu sera certainement fondu dans un haut-fourneau de Rombas.Et le 29 novembre, les cinq Clouangeois sont arrêtés et internés à Metz.   Schnell et Maillard sont ensuite déportés à Schirmeck, Zweibrucken et Allach. Halm est libéré le 29 juillet 1942 pour être ensuite incorporé de force dans la Wermacht.

Le 11 novembre 1942, le drapeau tricolore est accroché aux monuments aux Morts, à Moyeuvre, et sur la mairie, à Hagondange. « Vous pouvez germaniser la plaine, mais nos coeurs, vous ne les aurez jamais ! »

 

Germanisation des noms

 

Dix ans pour germaniser la Moselle. Les Allemands s'attaquent au plus facile : le paysage.

"Hinaus mit welscher Plundern !".

Aucune inscription en français ne doit subsister. Ici, c'est l'Allemagne. « Démobilisé de l'armée française, je prends le train pour arriver à Metz le 22 décembre. Consultant les horaires, j'eus un moment d'hésitation car ma gare de destination s'appelait désormais Rombach-Klingen » raconte Armand Nass.

 

Officiellement les noms des communes sont germanisés le 27 février 1941 mais, dans la pratique, dès fin juillet. Moyeuvre devient Movern ; Rombas-Rombach ; Amnéville-Stahlheim et Hagondange-Hagendingen. Les enseignes de magasin; subissent le même sort : le Restaurant Méligner à Hagondange s'appelle le désormais Gasthaus zur Eisenbahn. A partir du 5 septembre 1940, tous les actes d'état-civil à la mairie de Moyeuvre sont en allemand.

En 1942, les prénoms et noms de famille "trop français" au goût des Allemands seront eux aussi germanisés A Hagondange, l'Orstgrupenleiter, Monsieur Potier devient Herr Topfer.

 

Adolf Hitlerstrasse
Fin juillet 1940, les plaques de rues en français sont descellés et remplacées par des plaques en allemand. A Moyeuvre, la rue Foch ; à Amnéville, la rue des Romains et à Hagondange, la rue de la Gare deviennent Adolf Hitler Strasse.

Curieux destin pour Hagondange, puisqu'après-guerre, la rue de la Gare s'appellera un temps rue Joseph-Staline.

Même les plaques de rues sont supports de propagande et deviennent enjeu politique. Voilà d'autres parcours : une rue du maréchal-Pétain, vainqueur de Verdun, fleurit dans quasiment toutes les communes. A Moyeuvre, elle devient Muhlenstrasse (rue du Moulin) et à Hagondange, Schillerstrasse, un grand philosophe allemand qui n'aurait pas forcément soutenu la cause nazie s'il avait été contemporain au IIIe Reich. .

Après guerre, le vainqueur de Verdun devenu chef d'un État français collaborateur disparaît des plaques de rue.

A Hagondange, il est remplacé par le général De Gaulle. Autres destins : le Gauleiter Joseph Burckel remplace le Maréchal Fabert à Moyeuvre Georges Clémenceau à Amnéville et Emile Zola à Hagondange

 

Le béret "streng verboten !"
Parmi les symboles de la France chassés par le balai allemand figure une coiffure typiquement tricolore : le béret. Il est formellement interdit de le porter. "Aux portiers de l'usine de Jamailles", raconte Marcel Neigert dans son journal. "des membres de la Gestapo veillaient et décoiffaient ceux qui portaient le béret. Un ouvrier qui l'avait remis s'est vu attribuer une paire de gifles.

Le policier ajoutait que si pareil cas se reproduisait, il rentrerait dans l'auto "grise" qui l'emmènerait vers une destination inconnue.

Des membres. de la Jeunesse hitlérienne de Rosselange ont reçu l'ordre d'attaquer tous les enfants qui ne seraient pas membres de cette association et qui porteraient des bérets ou parleraient français dans les rues. Car après le paysage, les Allemands vont vouloir imposer systématique leur langue.

 

La Communauté du Peuple allemand (DVG)

 

Pour les Mosellans annexés est créée une organisation spécifique.A Hagondange et ailleurs, 95 % de la population y est inscrite.

 

Bien qu'annexés, les Mosellans ne sont pas immédiatement considérés comme Allemands à part entière, des Reichsdeutscher. lls doivent faire leurs preuves. Pour eux est créée en août 1940 la "Deutsches VolksGemeinschaft", ( DVG), la Communauté du Peuple allemand.

 

 

L 'Orstgruppenleiter Topher (avec les lunettes au fond) au cinéma, rue de la Gare, à Hagondange

   Y adhérer, c'est reconnaître l'annexion et faire allégeance au Reich et au Führer.

   S'y soustraire implique de nombreuses brimades notam-

ment professionnelles, et plus tard les transplantations vers la Silésie.

 

   A Amnéville, on enregistre les premières inscriptions le 25 août. A la première réunion de la DVG à Moyeuvre-Grande, Klinkhammer annonce que 90 % des habitants de la commune appartiennent à l'organisation.

 

   A Hagondange, 95 % de la population est inscrite sur le fichier de la DVG en juin 1944.

 

Organisation pyramidale

 

   La DVG emprunte l'organisation pyramidale à celle du parti nazi et prend place parallèlement à celle de l'administration civile. La vallée dépend initialement du Kreis-Diedenhofen (arrondissement de Thionville).

 

   Le Kreisleiter vient en septembre 1940 à Rosselange et prend la parole devant huit cents personnes au Fort-Chabrol.Puis, s'alignant sur le redécoupage administratif, la vallée va dépendre du Kreis Metz-Land.

 

   Le 6 décembre 1940 le Kreisleiter Kleemann vient à Moyeuvre-Grande entériner ce changement. A la tête de chaque commune, on trouve un Orstgruppenleiter : le maire Klinkhammer à Moyeuvre-Grande ; Auguste Fox, un Allemand venu en Moselle avant-guerre ; Charles Schneider, à Rombas et Joseph Potier à Hagondange, deux Mosellans fanatiques et zélés.

   Les Orstgruppenleiter organisent un quadrillage systématique des agglomérations par des responsables de quartier (Zellenleiter) et d'îlots de maisons (Blockleiter).

   

Défilé de la DVG, rue de la Gare, à Hagondange.

  A Hagondange, le Block 1 se compose des rues de la Marne, des Pêcheurs et des numéros pairs de 220 à 240.

 

  En 1942, à Hagondange, l'un d'eux rapporte que "Dumont est de mentalité française ; ne parle que le français à la maison. Bassompierre est français par dessus tout.

Le béret brille sur sa tête. Baron est très communiste. Ne veut rien savoir de notre mouvement. Rombas et ses annexes sont divisées en 3 Ortsteil, 13 Zellen et 42 Blocks. Délétères, les Blodkleiter épient les moindres attitudes anti-allemandes et établissent des rapports réguliers.

 

 

Nombreuses manifestations

 

La DVG organise de nombreuses manifestations encadrées par l'Ordnungsdienst. Le 23 décembre 1940, la DVG de Metz organise à l'école de Rombas une conférence sur Les sacrifiés de la guerre. Le 23 janvier 1941, un orateur du Parti vient à Rosselange. Le 13 février et 8 juin 1941, nouvelles réunions de la DVG à Rosselange en présence du Kreisleiter Thiel.

 

Le 23 juillet 1941, le chef de la DVG en Moselle, Eugène Foulé fait une tournée dans les usines de la vallée pour stigmatiser la population à l'effort de guerre. Le Kreisleiter Merckle vient expliquer aux Moyeuvriens le 7 novembre 1941 le signification de la fête commémorant la journée du 9 novembre 1923. Le 12 mars 1943, la DVG d'Amnéville organise une manifestation au cours de laquelle le commandant Ketterl discourt sur le conflit.

" Malheureusement ", note le maire, " la séance n'a pas été aussi fréquentée qu'il eût été souhaitable ": Une dernière visite du Kreisleiter a lieu le 11 août 1944 à Rombas. Elle attire encore neuf cents personnes.

 

 

La NS Frauenschaft devant le café Schaub, à Hagondange

 

 

 

Cette chronique contient encore d'autres rubriques  à découvrir dans

 

      "Chroniques de la Deuxième guerre Mondiale dans la vallée de l'Orne

 

  

 

[Accueil][Les Echos][Chroniques][Fonds][Expositions][Conférences][Ouvrages][Vieux papiers][Liens]

Copyright(c) 2005 ASCOMEMO. Tous droits réservés.